Retour d’expérience sur le Woodybus dans la Métropole lilloise

, par Judicaël Potonnec

Petite explication tout d’abord sur ce qu’est un Woodybus. Il s’agit d’un vélo‑bus collectif commercialisé par la société Humbird permettant d’accompagner les enfants à l’école de manière écologique, sécurisée et conviviale. Ce véhicule est couvert, dispose d’une assistance électrique et permet à 8 enfants de pédaler. Le woodybus est une des solutions pour répondre aux enjeux de santé et d’écologie que posent la question des déplacements quotidien des enfants.

Le Crem a demandé à trois communes de la métropole lilloise (Tressin, Faches‑Thumesnil et Loos) de nous partager leur retours d’expérience sur la mise en route du projet et le fonctionnement quotidien.

À Tressin, le dispositif fonctionne depuis plus de deux ans grâce à un fort engagement de l’association de parents d’élèves. A partir de fin 2023, 15 parents volontaires se relaient pour assurer chaque matin la conduite du woodybus qui est stocké à l’atelier municipal proche de l’école. Ils s’organisent via un planning numérique pour les inscriptions et des groupes WhatsApp pour gérer les imprévus. Les enfants bénéficiaires sont prioritairement ceux dont les parents sont conducteurs volontaires.

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Des réunions par quartier se sont déroulées pour définir les parcours les plus sécurisés, s’organiser, répondre aux questions de responsabilité et d’assurance. Pour cette dernière question, les parents bénévoles sont couverts par une convention de “collaborateurs occasionnels du service public”.

Depuis la rentrée 2025, l’engagement des parents s’est affaibli.

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L’expérimentation, menée pendant la première année dans le cadre du programme ADEME (Xtrême Défi), a été jugée suffisamment concluante pour que la commune achète son propre véhicule. Des subventions ont été obtenues auprès de l’Ademe et du Département du Nord pour cette acquisition.

De nombreux contacts ont eu lieu avec d’autres communes pour partager cette expérience dont les deux communes évoquées ci-après.

À Faches‑Thumesnil, la municipalité a fait le choix d’acquérir un Woodybus sans passer par une phase de test et avant de définir précisément quelles écoles allaient en bénéficier, portée par une volonté politique forte en faveur de l’écomobilité scolaire. L’acquisition du véhicule a été rendue possible par un co-financement de l’ADEME via une réponse à l’appel à projet Avélo 2.

Après une période de gel due à des interrogations nationales sur la sécurité, le service est désormais opérationnel et est pour le moment assuré par une chauffeuse municipale en CDD. Par la suite, les parents seront progressivement formés avec l’appui de la police municipale pour prendre le relais et passeront un “permis Woodybus”. L’objectif est que le woodybus soit conduit à 100% par des parents à partir de septembre.

Un des critères est de privilégier les enfants qui habitent assez loin de l’école.

À Loos, l’expérimentation a été prometteuse mais de courte durée. Malgré un bon démarrage piloté par les ASVP et la police municipale, une forte mobilisation locale de parents inquiets par les interrogations sur la sécurité plus haut, et auquel s’est ajouté un problème technique rapidement résolu a conduit les élus à suspendre la démarche. La commune reste toutefois intéressée par le concept.

Sur la courte période de fonctionnement, on retiendra néanmoins que le recrutement d’élèves bénéficiaires s’est appuyé sur les services périscolaires et avait pour cible le quartier des Oliveaux en Politique de la Ville. La ville fournissait casques et gilets aux enfants. Au-delà du ramassage scolaire, l’objectif était que le Woodybus puisse être utilisé le mercredi pour les centres de loisirs. Pour pallier à tout souci de sécurité, un agent à vélo escortait systématiquement le Woodybus tout au long du trajet.

La société Humbird, fabricante du Woodybus , constate que la principale difficulté rencontrée dans les territoires concerne la pérennisation des conducteurs qu’il s’agisse de personnel municipal ou des parents qui changent d’une année scolaire à l’autre. Les dispositifs fonctionnent particulièrement bien lorsque les communes s’appuient sur un agent dédié, un service civique ou une structure d’accompagnement.

Si les modèles d’organisation présentés sont différents, les trois communes s’accordent pour souligner :
• L’enthousiasme des enfants
• Le gain de temps pour les familles,
• L’intérêt d’un mode de déplacement doux, sécurisé et attractif.

A la lueur des témoignages, on peut retenir quelques points de vigilance et clés de réussite en terme de logistique, de sécurité et d’animation :
• Stockage sécurisé et proche de l’école idéal.
• Gestion des imprévus via groupe WhatsApp très efficace.
• Définir clairement les questions d’assurance, responsabilités, procédures.
• Privilégier les enfants d’au moins 1,20 m (niveau CP) pour qu’ils ne soient pas déséquilibrés lors des mouvements giratoires du véhicule.
• L’animation est indispensable pour renouveler les parents volontaires

Retenons enfin qu’au-delà du transport scolaire, les woodybus peuvent s’adapter pour des déplacements collectifs d’un public sénior.

Le coût d’acquisition du véhicule est d’environ 18 000 euros pour la collectivité avec selon les communes une subvention de l’ADEME et/ou du Département du Nord.

Judicaël Potonnec, pour le Crem – judicael.potonnec@ecomobilite.org - www.ecomobilite.org
Mars 2026